
Inscrite dans une écriture architecturale aboutie, attentive à la lumière, au climat et à la durée, cette villa dépasse le statut de résidence pour incarner une réflexion profonde sur l’art d’habiter ; une maison-refuge, pensée comme un lieu de rassemblement et de transmission, capable d’accompagner le temps long sans jamais chercher à le figer. Le projet naît d’un choix fondateur : celui de construire. À Marrakech, ville où l’existant est souvent chargé d’histoire, Sarah Poniatowski éprouve la nécessité de repartir du sol pour façonner une maison en adéquation exacte avec sa manière de vivre. Le terrain vierge devient alors un espace de projection et de liberté, permettant d’orchestrer avec précision la relation entre l’habitat, le paysage et les usages quotidiens. Le site se distingue par une qualité rare : une vue panoramique sur les montagnes de l’Atlas, perceptible sur près de 180 degrés. Cette présence majestueuse, toujours en ligne d’horizon, a guidé l’implantation et l’orientation de la maison. Les volumes cherchent à capter la douceur du soleil tout en se protégeant de son excès.


Dès les premières esquisses, la villa s’inscrit dans une recherche de simplicité. Les volumes sont clairs, lisibles, articulés autour de proportions justes et de circulations fluides. Le projet s’est construit dans un dialogue étroit avec EH Architectes, dont l’intervention a permis de donner une structure rigoureuse à cette vision sensible et profondément incarnée. Cette collaboration, fondée sur une écoute bienveillante constante et une confiance réciproque, a permis d’articuler avec finesse la dimension architecturale et l’approche plus intuitive de l’aménagement intérieur. Les maîtres d’œuvre ont conçu l’ossature et les volumes ; Sarah Poniatowski a accompagné le projet dans le dessin des parcours, la hiérarchie des espaces, la relation aux matières et à la lumière. De ce travail à plusieurs mains est née une maison cohérente où le bâti et la décoration ne s’opposent jamais mais entre en correspondance.


L’atmosphère de la maison repose sur un éventail de matériaux choisis pour leur authenticité et leur capacité à traverser le temps. Enduits minéraux, zelliges, carreaux de ciment, granito, bois : autant de surfaces qui interagissent avec la lumière et révèlent, au fil des heures, une richesse de textures et de nuances. Ces matières ne sont jamais décoratives, elles participent pleinement à la sensation de sérénité et de pérennité qui se dégage des lieux. Le choix de ces ressources s’inscrit dans une lecture contemporaine du contexte marocain, respectueuse de ses savoir-faire sans jamais céder au pittoresque à outrance. La maison revendique une sobriété assumée, laissant aux textures et aux patines le soin de raconter une histoire, celle d’un lieu destiné à être vécu et transformé par le temps. À Marrakech, l’architecture ne peut ignorer la dimension climatique. La villa a été pensée comme un ensemble ouvert, où patios, terrasses et larges ouvertures prolongent naturellement les espaces intérieurs. La frontière entre dedans et dehors s’efface au profit d’une continuité intuitive, adaptée aux rythmes de la journée et aux saisons.


La maison répond avec évidence aux contrastes du climat : à la chaleur estivale par des zones ombragées et ventilées, à la fraîcheur hivernale par la présence délibérée de cheminées, réparties dans les pièces de vie. Cette attention portée au confort, souvent invisible, participe à la qualité d’usage et à la sensation de bien-être qui se dégage de l’ensemble. Les espaces centraux, ouverts sur le patio, constituent le véritable cœur de la maison. Ce sont des aires de circulation autant que de rassemblement où la vie familiale s’organise naturellement. On y passe, on s’y retrouve, à toute heure de la journée. La piscine, parfaitement intégrée au dispositif, prolonge cette dynamique et devient un endroit de partage autant qu’une zone de détente. Pensée avant tout pour la vie familiale, la villa n’en demeure pas moins accueillante. Recevoir s’y fait sans effort, sans jamais compromettre l’intimité des lieux.

La structure est laissée libre, avant que des objets porteurs de sens ne viennent s’y inscrire : œuvres choisies pour des emplacements précis, photographies issues d’une collection personnelle, mobilier chiné, notamment aux puces de Saint-Ouen. Ces pièces, souvent liées à des souvenirs, ancrent la maison dans une histoire intime. Ce projet se distingue profondément des réalisations professionnelles de Sarah Poniatowski. Être son propre commanditaire ouvre un champ de liberté rare : celui de l’essai, de l’erreur, du recommencement. Une liberté presque jubilatoire, qui autorise l’audace et l’intuition. Aujourd’hui, cette villa incarne un point d’attache essentiel pour la famille. Une résidence pensée pour durer et pour accueillir les êtres chers. Face à l’Atlas, sous la lumière changeante de Marrakech, la maison de Sarah Poniatowski propose une vision de l’habitat où la construction se met au service de la vie. Au fil du projet, la maison dessine une certaine idée de l’habitat, où l’architecture ne cherche pas à s’imposer mais à accompagner.

Le regard porté sur la maison doit beaucoup au travail de Karel Balas, autodidacte passionné dont la pratique s’est construite à la frontière de l’image éditoriale et du récit visuel. Longtemps directeur artistique dans la presse magazine avant de se consacrer à la photographie, il aborde les lieux avec une volonté de sublimer la réalité et une attention aiguë portée aux détails. Ses images s’attachent à saisir une présence, un équilibre juste entre architecture, lumière et vie quotidienne. À Marrakech, son travail restitue la maison dans ce qu’elle a de vécu, laissant apparaître les volumes, les matières et les circulations à travers une lumière qui révèle les textures sans les figer. Cette approche donne à voir la villa non comme un décor mais comme un espace habité, réel, traversé par le temps et par ceux qui l’occupent. Et c’est là tout son talent.
Photographie : © Karel Balas

