L’état d’esprit green de l’architecte Vincent Callebaut

L’architecte louviérois installé à Paris est un concepteur prospectif et passionné par la science et la nature. Ses dessins aux lignes futuristes deviennent de véritables architectures biomimétiques dans le monde entier. Des Émirats arabes unis à Taïwan, les réalisations de son agence Vincent Callebaut Architectures – des immeubles résidentiels aux énergies renouvelables – répondent au défi de transition écologique par la création de nouveaux modes de vie en ville. Rencontre avec l’un de ceux à l’origine du pavillon de la Belgique à l’Exposition universelle de Dubaï, qui souhaite végétaliser les villes pour lutter contre le réchauffement climatique.

© Vincent Callebaut Architectures | Vincent Callebaut

Comment avez-vous débuté en tant qu’architecte ?

Natif de La Louvière, j’ai fondé mon agence en 2010 à Paris en France, suite à mes études à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et après des stages chez des personnalités du monde de l’architecture ; l’Italien Massimiliano Fuksas et les Français Odile Decq et Claude Vasconi. Des architectes qui me passionnent. J’y ai appris l’art de la conception, le goût de l’ingénierie et la maîtrise technique du chantier.

VILLAS Decoration Vincent Callebaut

Vincent Callebaut Architectures | Tao Zhu Yin Yuan, Taipei

Que considérez-vous comme votre réalisation la plus importante à ce jour ?

L’année de l’ouverture de mon agence d’architecture Vincent Callebaut Architectures, j’ai eu la chance de remporter un concours international pour la construction de du projet Tao Zhu Yin Yuan, une tour résidentielle « carbo-absorbante » de près 50 000 mètres carrés à Taipei, capitale de Taïwan. Celle-ci fut terminée en 2018. Une deuxième réalisation dont je suis fier est le Pavillon belge de l’Exposition universelle de 2020 à Dubaï, conçu en co-création avec l’agence d’architecture belge Assar et le constructeur Besix.

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Vincent Callebaut Architectures | Tao Zhu Yin Yuan, Taipei

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Vincent Callebaut Architectures | Tao Zhu Yin Yuan, Taipei

Racontez-nous l’aventure du Pavillon belge en quelques mots.

Dès que le thème officiel de l’Exposition universelle de 2020 – « Connecter les Esprits, Construire le Futur » – fut dévoilé, j’ai su que Renaud Chevallier, président directeur général du cabinet Assar Architects, participait au concours pour la réalisation du Pavillon belge. Je lui ai donc proposé de nous associer. Ce fut une belle aventure humaine avec le groupe Besix, qui est le constructeur du fameux Burj Khalifa à Dubaï (le plus haut gratte-ciel du monde). Ensemble, nous souhaitions sortir des archétypes et transcender les valeurs. La Belgique est un petit pays. Mais cette capitale de l’Europe est à la fois estimée des pays latins pour sa diversité et sa qualité dans le domaine artistique ainsi que des pays anglo-saxons et germaniques, pour son ingéniosité, voire son pragmatisme.

L’Arche verte du Pavillon belge symbolise donc ces valeurs de créativité et d’innovation. L’enveloppe végétale du bâtiment est une mini oasis de 2 500 plantes et arbustes poussant en façade, latéralement et sur le toit, pour profiter du phénomène d’évapotranspiration : le transfert de l’humidité de la terre vers l’atmosphère par l’évaporation de l’eau et la transpiration des plantes. Le Pavillon belge est un bâtiment spectaculaire et écologique, réalisé avec un budget de dix millions d’euros.

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Vincent Callebaut Architectures | The Green Arch, Belgian Pavilion, 2020 World Expo, Dubai

Comment financez-vous vos projets d’immeubles jusqu’à présent ?

Des concours internationaux me permettent d’être en relation avec de nombreux décisionnaires – municipalités, urbanistes, promoteurs et constructeurs –, et les commanditaires aux moyens élevés me permettent d’expérimenter. Le secteur de l’immobilier de luxe offre la possibilité subsidier l’innovation, de pouvoir déposer des brevets dans le cadre d’une construction nécessitant de nouvelles techniques, pour ensuite pouvoir les démocratiser. Pouvoir travailler pour des clients visionnaires et qui se donnent les moyens de leurs ambitions permet de contribuer à faire évoluer, à sa propre échelle, le monde.

Le « green » est-il générationnel ?

Assurément, et international surtout. Notre génération profite aujourd’hui de l’avènement des énergies renouvelables mais il reste encore beaucoup à faire en Europe. Dans les pays considérés comme émergents, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, où beaucoup d’inégalités économiques et sociales demeurent, la solidarité prime pour les nouveaux projets de cette ampleur et intégrer les citoyens et entrepreneurs locaux dans la démarche de conception de bâtiments devient une chose respectée. Ainsi ceux-ci ont déjà fait presque tout ce dont nous avons rêvé, nous, occidentaux, il y a 20 ans.

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Vincent Callebaut Architectures | The Green Arch, Belgian Pavilion, 2020 World Expo, Dubai

Êtes-vous un architecte utopique ou réaliste ?

Les deux. Nous avons besoin, plus que jamais, d’utopie : inventer ce qui n’existe pas encore. L’utopie nous permet de faire face à la réalité. Se lier avec le monde artistique, agronomique, apprendre tant de la biodiversité végétale que du monde des animaux, travailler de manière transdisciplinaire avec des scientifiques près de chez soi et à l’international pour inventer de nouveaux modes de vie ne se réalise pas par une approche traditionnelle de la construction. La raison d’être de l’architecture est d’être en prise avec son temps et de voir toujours plus loin. La fusion entre nature et architecture n’est pas un rêve, elle est possible et les promoteurs l’ont compris. En France, beaucoup m’ont contacté pour m’inviter à ces concours internationaux, effectuer des études de faisabilité de projets sur le terrain. C’est pourquoi j’ai décidé d’y ouvrir mon agence d’architecture.

Quelle est l’une des évolutions les plus notables du métier d’architecte que vous avez observé ces dernières années ?

L’ère de ce ceux qu’on appelle les « starchitectes » apparaît désormais close et la vision collective est au premier plan. Aussi, la crise économique liée à la pandémie que nous traversons actuellement démontre à quel point rêver est vital. L’esprit communautaire et le rêve vont de pair. Les architectes qui pensent et bâtissent de manière engagée sont les véritables stars d’aujourd’hui.

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Vincent Callebaut Architectures | The Green Arch, Belgian Pavilion, 2020 World Expo, Dubai

Vous êtes avant tout connu pour vos dessins. Pourquoi dessinez-vous autant ?

 Avant de travailler sur des projets concrets, je me suis volontairement lancé dans le dessin de projets très prospectifs. Vers l’âge de 25 ans, je me suis fait connaître en dehors de la Belgique par des dessins : des fermes verticales urbaines pour casser les boucles d’import-export qui polluent les villes, des cités flottantes pour accueillir les réfugiés climatiques en utilisant notamment les déchets provenant des tremblements de terre pour reconstruire… J’ai beaucoup étudié la peinture pendant ma formation et ma découverte du mouvement avant-gardiste britannique Archigram, tout comme celle du Centre Pompidou érigé à Paris en 1977 par Richard Rogers et Renzo Piano, ont été un tournant pour moi ; une porte ouverte vers tous les possibles.

Qu’est donc le biomimétisme en architecture, ce qui vous fascine tant ?

S’inspirer de la nature pour essayer de donner des réponses aux besoins humains face à la transition écologique ; imaginer des architectures et des modes de vies qui sortent de l’ordinaire ; penser littéralement out of the box, en dehors des formes de cubes et de rectangles qui affluent en architecture et qui appauvrissent la richesse de son vocabulaire. Les formes courbes que je favorise dans mes dessins et réalisations me permettent de penser à la construction de bâtiments qui produisent toute l’énergie verte dont nous avons besoin (électrique, calorifique, frigorifique) et recyclent tous leurs déchets en ressources ou bien fonctionnent en autosuffisance.

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Vincent Callebaut Architectures | The Foam of Waves, Aix-les-Bains

Comment ces idées se réalisent-elles en pratique et quels sont les avantages de ces constructions à haute valeur environnementale ?

Pour intégrer la nature au cœur des villes, parfois très denses, on réfléchit avec mon agence à des constructions passives et où les jardins ne sont plus à côté des bâtiments mais au cœur d’eux. A Taïwan, nous avons opté pour des essences tropicales et à Dubaï, les essences désertiques se sont imposées à nous. Pour qu’un bâtiment obtiennent un bilan énergétique faible, le travail sur le recyclage des eaux grises est primordial et doit être traité sur site pour donner la possibilité d’arroser la végétation de l’immeuble et afin que celui-ci ne soit pas énergivore.

Qu’attendre de Vincent Callebaut Architectures dans un futur proche ?

Nous travaillons actuellement à la métamorphose des Thermes nationaux français à Aix-les-Bains, avec Bouygues Immobilier et la Société d’Aménagement de la Savoie. Il s’agit d’un bâtiment historique classé, datant de 1905, à partir duquel nous allons ériger 220 logements avec des vues panoramiques. Il sera terminé en 2025. Un nouvel immeuble de 120 logements dans la ville de Montpellier, dans un nouveau quartier créatif, devrait d’autre part voir le jour d’ici 2024. En France, nous avons des projets à Lille, Metz et La Rochelle.

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Vincent Callebaut Architectures | The Foam of Waves, Aix-les-Bains

A l’étranger, la tour The Rainbow Tree à Cebu aux Philippines est en développement depuis deux ans pour une livraison prévue en 2026. Seul le noyau de circulation verticale de cet immeuble est en béton, pour des raisons sismiques. Toutes les planches, poutres et dalles ainsi que les éléments de façades et d’isolation sont entièrement en bois massif.

vincent.callebaut.org